Hausse historique des taux directeurs de la BoJ, au plus haut depuis 31 ans

La BoJ a relevé ce vendredi 18 septembre 2026 son taux directeur de 1 % à 1,25 %, portant ses taux à leur niveau le plus élevé depuis 31 ans. Il s’agit de la 6e hausse de taux depuis 2024. La décision, largement anticipée par les marchés, a été adoptée par 7 voix contre 2 au sein du conseil de politique monétaire.
Cette nouvelle hausse constitue une étape supplémentaire dans la normalisation monétaire japonaise, après plusieurs décennies marquées par des taux extrêmement faibles, voire négatifs. La Banque du Japon entend désormais davantage prévenir une remontée excessive de l’inflation, alors que les tensions sur les prix restent persistantes.
Un taux directeur désormais à 1,25 %
La BoJ avait déjà porté son taux directeur à 1 % en juin 2026. Le relèvement de septembre représente donc une nouvelle hausse de 0,25 point. Le taux de la facilité de dépôt complémentaire était déjà fixé à 1 % depuis le 17 juin 2026, tandis que le taux de prêt de base était de 1,25 %. La nouvelle décision de politique monétaire modifie désormais l’objectif du taux des prêts interbancaires au jour le jour non garantis, autour de 1,25 %.
| Date | Taux directeur de la BoJ | Évolution |
|---|---|---|
| 18 juin 2025 | 0,50 % | Stabilité |
| 19 décembre 2025 | 0,75 % | +0,25 point |
| 17 juin 2026 | 1,00 % | +0,25 point |
| 18 septembre 2026 | 1,25 % | +0,25 point |
Cette trajectoire illustre le changement profond de régime monétaire engagé par la banque centrale japonaise.
Pourquoi la Banque du Japon relève-t-elle ses taux ?
Pendant de nombreuses années, le Japon a été confronté à une inflation très faible et à des périodes de déflation. La politique monétaire de la BoJ était donc exceptionnellement accommodante afin de soutenir l’activité et de faire remonter durablement les prix. Le contexte a changé. L’inflation sous-jacente se rapproche désormais de la cible de 2 % de la Banque du Japon, tandis que les entreprises répercutent davantage leurs coûts dans leurs prix de vente. La hausse des salaires contribue également à modifier progressivement la dynamique des prix. Selon Reuters, le gouverneur Kazuo Ueda a expliqué que la BoJ cherchait désormais davantage à prévenir un dépassement durable de son objectif d’inflation de 2 %, plutôt qu’à simplement stimuler la hausse des prix. Le renchérissement des matières premières et notamment du pétrole constitue également un facteur de vigilance pour la banque centrale.
| Taux fixes directeurs de la BCE (au 06 octobre 2026) | Taux |
|---|---|
| Taux de refinancement | 2.65 % |
| Taux de dépôt au jour le jour | 2.50 % |
| Taux de prêt marginal au jour le jour | 2.90 % |
La fin progressive de l’argent quasiment gratuit
Le relèvement à 1,25 % peut sembler limité comparé aux taux pratiqués aux États-Unis ou en Europe. Il constitue pourtant un changement majeur pour l’économie japonaise. Pendant une très longue période, les investisseurs ont pu emprunter en yens à très faible coût afin d’investir dans des actifs offrant des rendements supérieurs dans d’autres pays. Cette stratégie est connue sous le nom de carry trade. Lorsque les taux japonais remontent, le coût de financement de ces opérations augmente. Si, parallèlement, le yen s’apprécie, les investisseurs peuvent également subir une perte de change lorsqu’ils rapatrient les capitaux au Japon. Le mouvement de normalisation de la BoJ peut donc avoir des conséquences qui dépassent largement les frontières japonaises.
Le yen ne profite pourtant pas de la hausse des taux
Paradoxalement, le yen s’est affaibli après l’annonce de la hausse de taux. Le dollar a notamment progressé jusqu’à environ 157,84 yens, soit une hausse de 1,2 % sur la séance selon Reuters. Cette réaction s’explique notamment par le caractère jugé relativement prudent du message de la BoJ concernant la suite du cycle de resserrement monétaire. Deux membres du conseil ont voté contre la hausse, préférant une approche plus prudente. La hausse des taux ne garantit donc pas mécaniquement une appréciation de la monnaie. Les marchés prennent également en compte l’écart de taux avec les États-Unis, les perspectives économiques et les anticipations concernant les prochaines décisions des banques centrales.
Liste des taux directeurs des banques centrales
Vers d’autres hausses de taux ?
La Banque du Japon n’a pas fermé la porte à de nouvelles hausses. Kazuo Ueda a notamment laissé entendre que les taux pourraient continuer à progresser si l’évolution de l’économie et des prix le justifie. Le rythme reste toutefois incertain. Une nouvelle hausse dépendra notamment de l’évolution de l’inflation, des salaires, de la consommation des ménages et de la situation sur les marchés financiers. Certains analystes envisagent ainsi un taux directeur pouvant atteindre 1,75 % à l’horizon de la mi-2027, mais il s’agit d’une anticipation de marché et non d’un objectif officiellement annoncé par la Banque du Japon.
Quel impact pour les marchés financiers ?
La poursuite du resserrement monétaire japonais constitue un élément important pour les investisseurs internationaux. Le premier enjeu concerne le marché des changes. Une remontée des taux japonais peut réduire progressivement l’écart de rendement entre les placements en yens et les actifs libellés en dollars ou en euros. À terme, cela pourrait favoriser le rapatriement d’une partie des capitaux japonais. Le deuxième enjeu concerne le marché obligataire. Des taux japonais plus élevés rendent les obligations nippones progressivement plus attractives pour les investisseurs domestiques. Fitch estime d’ailleurs que la remontée des rendements japonais pourrait inciter les investisseurs institutionnels du pays à conserver davantage de capitaux au Japon. Enfin, les investisseurs surveillent le risque lié au débouclement des opérations de carry trade. Un mouvement rapide de remontée du yen pourrait contraindre certains investisseurs à fermer leurs positions financées en monnaie japonaise, avec des effets potentiels sur différents marchés mondiaux.