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Quelles sont les anticipations de rendements des professionnels de la finance pour l’horizon 2027-2031 ?

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Quels rendements peut-on raisonnablement espérer de ses placements au cours des cinq prochaines années ? Robeco publie son étude annuelle « 5-Year Expected Returns », consacrée cette fois à la période 2027-2031. Pas question évidemment de prédire précisément les performances futures. Le gestionnaire construit plutôt un scénario économique central et en déduit des hypothèses de rendement annualisé pour les principales classes d’actifs. Et les chiffres sont loin d’être moroses : pour un investisseur en euros, Robeco anticipe dans son scénario central 7 % par an pour les actions des pays développés, 8 % pour les actions émergentes, 7 % pour l’immobilier coté et 5 % pour les matières premières. Les obligations retrouvent également des perspectives de rendement significatives, de 3,25 % pour les emprunts d’État domestiques à 5,50 % pour la dette émergente en devise locale. Le cash lui-même serait susceptible de rapporter 3 % par an. Ces estimations sont des rendements géométriques annualisés et ne constituent évidemment aucune garantie de performance.

2027-2031 : les rendements attendus par Robeco

Le tableau permet de mesurer à quel point l’environnement d’investissement a changé depuis les années de taux zéro. Même sans prendre de risque actions, Robeco estime désormais que plusieurs segments obligataires peuvent offrir des rendements compris entre 3 % et 5,5 % par an dans son scénario central. Les actions restent néanmoins devant, avec une prime particulièrement marquée pour les marchés émergents. L’inflation moyenne anticipée en euros étant de 2,50 %, la plupart des grandes classes d’actifs afficheraient ainsi un rendement réel positif si ces projections se réalisaient.

(c) FranceTransactions.com (source données Robeco)
Classe d’actifsRendement annualisé attendu 2027-2031 en euros
Liquidités / monétaire 3,00 %
Obligations d’État domestiques 3,25 %
Obligations d’État mondiales développées couvertes en euros 4,00 %
Dette émergente en devise locale 5,50 %
Dette émergente en devise forte 4,00 %
Obligations corporate Investment Grade mondiales couvertes 3,75 %
Obligations corporate High Yield mondiales couvertes 4,25 %
Actions des marchés développés 7,00 %
Actions des marchés émergents 8,00 %
Immobilier coté 7,00 %
Matières premières 5,00 %
Inflation anticipée 2,50 %

Actions émergentes : 8 % par an attendus

C’est le chiffre qui ressort immédiatement du tableau : Robeco anticipe un rendement annualisé de 8 % pour les actions émergentes sur la période 2027-2031, contre 7 % pour les marchés développés. Ce n’est pas seulement une question de valorisation. Le gestionnaire estime que la domination américaine pourrait devenir moins marquée et que les opportunités vont se répartir davantage entre les régions et les styles d’investissement. Robeco identifie notamment cinq poches à surveiller : marchés émergents, Europe, petites capitalisations, actions value et valeurs à faible volatilité. L’idée n’est pas que ces cinq segments progresseront simultanément, mais justement qu’ils répondent à des environnements économiques différents et peuvent donc contribuer à diversifier un portefeuille.

Moins de hausse des valorisations, davantage de croissance des bénéfices

Le moteur de la performance boursière pourrait également changer. Ces dernières années, une partie importante des gains a été obtenue grâce à l’augmentation des multiples de valorisation. Pour les cinq prochaines années, Robeco imagine plutôt un monde de « lower-P/E, higher-EPS » : des ratios cours/bénéfices moins généreux, mais une progression plus importante des bénéfices des entreprises. Autrement dit, il deviendrait plus difficile de compter uniquement sur des investisseurs acceptant de payer toujours plus cher une action pour générer de la performance. Les entreprises devront davantage produire des résultats.

L’IA reste au cœur du scénario, mais les gagnants pourraient changer

Robeco ne remet pas en cause la révolution liée à l’intelligence artificielle. Bien au contraire. Les dépenses d’investissement des principaux hyperscalers représenteraient désormais près de 2 % du PIB américain et les dépenses mondiales consacrées à l’IA pourraient atteindre 2 600 milliards de dollars en 2026. L’infrastructure en représenterait plus de 45 %. Data centers, semi-conducteurs, réseaux, refroidissement et production électrique nécessitent des quantités considérables de capital physique. Mais la prochaine étape pourrait être différente de la précédente : après les fournisseurs de l’infrastructure IA, une partie de la création de valeur pourrait progressivement migrer vers les entreprises qui réussiront réellement à utiliser l’IA pour améliorer leur productivité.

Le retour en force de l’économie physique

C’est sans doute l’idée économique la plus importante de l’étude. Après des décennies dominées par les entreprises « asset-light », les plateformes et les actifs immatériels, Robeco estime que l’économie mondiale entre dans une phase beaucoup plus gourmande en capital. IA, réseaux électriques, stockage d’énergie, défense, usines et relocalisation industrielle réclament tous des investissements physiques massifs. Selon les estimations reprises dans l’étude, l’IA et les investissements verts pourraient représenter à eux seuls 12 000 milliards de dollars d’investissements d’ici 2030. La formation brute de capital mondiale pourrait alors approcher 30 % du PIB en 2031, dépassant son précédent sommet du début des années 1970.

Les taux pourraient rester durablement plus élevés

Voilà une conséquence importante pour les épargnants. Cette énorme demande de capitaux ne plaide pas pour un retour durable au monde des taux zéro. Robeco estime que l’intensification des investissements, les déficits publics persistants, l’augmentation de l’offre de dette et la réduction des bilans des banques centrales devraient exercer une pression haussière sur le taux d’intérêt neutre et les primes de terme. L’amélioration de la productivité grâce à l’IA pourrait paradoxalement contribuer elle aussi à maintenir un taux neutre plus élevé.

Les obligations redeviennent de vrais placements

Cette nouvelle donne explique le retour de rendements obligataires dignes de ce nom. Dans son scénario central en euros, Robeco attend 3,25 % par an pour les obligations souveraines domestiques, 4 % pour les obligations souveraines des pays développés couvertes contre le risque de change, 3,75 % pour le crédit Investment Grade et 4,25 % pour le High Yield. La dette émergente en devise locale monte même à 5,50 %. Le constat reste néanmoins mesuré : les rendements de départ sont intéressants, mais l’inflation persistante, des taux neutres structurellement plus élevés et les déficits budgétaires rendent peu probable le retour du formidable marché obligataire des années 2010.

High Yield : 4,25 % attendus, mais pas sans risque

Pour les obligations High Yield, Robeco estime que le portage actuel permet d’envisager 4,25 % de rendement annuel dans le scénario central, soit un point de plus que son estimation précédente et également un point au-dessus des obligations souveraines domestiques. Mais les spreads sont aujourd’hui faibles et le refinancement des entreprises se fera progressivement à des taux plus élevés. Robeco identifie notamment 2028-2029 comme une période à surveiller en raison d’importants besoins de refinancement dans le secteur des logiciels. Le gestionnaire estime malgré tout que la poursuite de l’expansion économique devrait contenir les pertes liées aux défauts.

Immobilier coté : Robeco redevient plus optimiste

L’immobilier coté fait partie des classes d’actifs dont les perspectives ont été nettement relevées. Robeco anticipe désormais 7 % par an sur 2027-2031 pour un investisseur en euros. Le gestionnaire souligne avoir relevé son rendement attendu des REITs au-dessus de son niveau de long terme pour la première fois depuis 2014. L’immobilier coté pourrait profiter du retour des actifs physiques, des besoins d’infrastructures et de la multiplication des investissements liés notamment aux data centers. Il reste évidemment sensible aux taux d’intérêt, ce qui explique en partie sa forte sous-performance par rapport aux actions mondiales depuis la crise sanitaire.

Les matières premières à 5 %, et pas seulement pour leur rendement

Robeco prévoit 5 % de rendement annualisé pour les matières premières. Leur intérêt tient aussi à leur capacité de diversification dans un environnement marqué par davantage de tensions géopolitiques et de chocs d’offre. Sécurité énergétique, électrification et consommation croissante d’électricité par les data centers devraient soutenir la demande, tandis que les tensions géopolitiques entretiennent le risque de flambées ponctuelles des prix. Fait révélateur, les matières premières sont même la seule grande classe d’actifs dont le rendement anticipé augmente fortement dans le scénario pessimiste de Robeco : 7 % par an contre 5 % dans le scénario central.

Le monde ne se démondialise pas forcément, il change ses circuits

Robeco apporte également une nuance intéressante au discours sur la démondialisation. Le commerce mondial ne s’effondre pas : ses volumes restent au-dessus de leur tendance. En revanche, les échanges deviennent moins synchronisés et les entreprises cherchent à réduire certaines dépendances. Le modèle du « just-in-time », conçu pour maximiser l’efficacité, laisse progressivement davantage de place au « just-in-case », où l’on accepte de payer plus cher pour disposer de chaînes d’approvisionnement plus résistantes. Cette transformation n’est pas gratuite : davantage de redondance, de stocks, de production locale et de sécurité énergétique signifie aussi davantage de coûts et donc un biais potentiellement plus inflationniste.

Et la France dans tout cela ?

Une petite surprise se cache dans l’étude. Dans son analyse croisant sécurité énergétique et efficacité économique, Robeco considère la France, avec l’Arabie saoudite, la Corée et le Japon, comme faisant partie des « middle powers » relativement bien positionnées. Le gestionnaire estime que ces économies pourraient bénéficier d’un compromis favorable entre sécurité et efficacité dans un monde où les grandes puissances utilisent davantage les chaînes d’approvisionnement, l’énergie et le commerce comme instruments de puissance.

Le scénario noir : actions émergentes à -4,25 % par an

Toutes ces prévisions correspondent au scénario central. Et l’écart avec le scénario pessimiste rappelle pourquoi un rendement « attendu » n’est certainement pas un rendement promis. Dans son scénario défavorable baptisé « Synaptic Decay », Robeco imagine une rupture des chaînes économiques, un retournement brutal des investissements dans l’IA, une récession américaine et un environnement stagflationniste. Les actions développées afficheraient alors un rendement annualisé légèrement négatif de -0,25 % sur cinq ans pour un investisseur en euros et les actions émergentes chuteraient à -4,25 % par an. Dans le scénario favorable « Luminous Renaissance », les mêmes classes d’actifs délivreraient respectivement 11,50 % et 11,25 % par an. L’écart est immense.

Classe d’actifsScénario favorableScénario centralScénario défavorable
Liquidités 3,25 % 3,00 % 2,00 %
Obligations d’État domestiques 2,25 % 3,25 % 1,50 %
Dette émergente locale 6,25 % 5,50 % 1,50 %
Investment Grade 4,00 % 3,75 % 2,50 %
High Yield 5,75 % 4,25 % 3,25 %
Actions développées 11,50 % 7,00 % -0,25 %
Actions émergentes 11,25 % 8,00 % -4,25 %
Immobilier coté 8,50 % 7,00 % 2,00 %
Matières premières 6,25 % 5,00 % 7,00 %
Inflation 2,00 % 2,50 % 2,75 %

Que retenir pour son allocation d’actifs ?

Le message de Robeco n’est finalement pas de tout miser sur les actions émergentes parce qu’elles affichent 8 % de rendement attendu. C’est même plutôt l’inverse. La période 2027-2031 pourrait offrir davantage de moteurs de performance qu’au cours des dernières années : actions internationales, obligations redevenues rémunératrices, immobilier coté, matières premières, petites capitalisations ou value. Les performances seraient moins dépendantes de quelques géants américains et davantage de la croissance réelle des bénéfices et des flux de trésorerie. Le scénario central reste favorable à la prise de risque et Robeco conserve une préférence pour les actions face aux obligations souveraines. Mais le gestionnaire estime parallèlement que les risques autour de ce scénario restent davantage orientés à la baisse qu’à la hausse. C’est sans doute le principal enseignement de ces 112 pages : les rendements attendus redeviennent attractifs sur de nombreuses classes d’actifs, mais l’environnement qui doit les produire est également devenu beaucoup moins prévisible.

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