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IPO Anthropic : Claude peut-il vraiment valoir 2 000 milliards de dollars en Bourse ?

Publié le

IPO Anthropic © stock.adobe.com

IPO Anthropic : faut-il vraiment payer 2 000 milliards de dollars pour investir dans Claude ?

Anthropic pourrait réaliser l’une des introductions en Bourse les plus spectaculaires de l’histoire. La société à l’origine de Claude a franchi une étape décisive le 1er juin 2026 en déposant confidentiellement auprès de la SEC un projet de document d’enregistrement S-1. Anthropic précise elle-même que ce dépôt lui donne la possibilité d’entrer en Bourse après l’examen du dossier par le régulateur américain, mais que l’opération reste dépendante des conditions de marché. Depuis, une partie du contenu du prospectus confidentiel a été révélée et les chiffres donnent le vertige : croissance exceptionnelle du chiffre d’affaires, pertes tout aussi exceptionnelles, centaines de milliards de dollars d’engagements futurs et une valorisation évoquée pouvant atteindre 2 000 milliards de dollars. L’IPO d’Anthropic pourrait devenir le véritable test grandeur nature de la valorisation accordée par les marchés à l’intelligence artificielle générative.

Une introduction en Bourse désormais bien engagée

Il ne s’agit plus seulement d’une rumeur d’IPO. Anthropic a officiellement annoncé avoir transmis son projet de S-1 à la SEC le 1er juin. Le calendrier reste en revanche beaucoup plus incertain. L’introduction avait un temps été envisagée pour l’automne 2026, avec un démarrage de la commercialisation potentiellement à partir de la mi-octobre. Les conditions de marché et les interrogations sur les valorisations ont depuis refroidi le marché américain des introductions en Bourse et plusieurs sources évoquent désormais un décalage de certaines grandes opérations, Anthropic comprise, vers la fin 2026 voire 2027. Il ne faut donc pas confondre préparation avancée d’une IPO et date d’introduction définitivement fixée.

De 380 à 965 milliards de dollars en quelques mois

Avant même son arrivée en Bourse, la progression de la valorisation d’Anthropic est spectaculaire. En février 2026, une levée de fonds de 30 milliards de dollars avait valorisé la société 380 milliards de dollars après opération. Trois mois plus tard seulement, Anthropic annonçait une nouvelle levée de 65 milliards de dollars sur la base d’une valorisation post-money de 965 milliards. En quelques mois, la valorisation privée avait donc été multipliée par plus de 2,5. La société indiquait parallèlement que son chiffre d’affaires annualisé avait dépassé 47 milliards de dollars début mai.

Une IPO à 2 000 milliards de dollars ?

Le chiffre désormais évoqué pour l’introduction est encore d’une autre dimension. Anthropic pourrait chercher à atteindre une valorisation proche de 2 000 milliards de dollars. Une telle capitalisation placerait immédiatement la société parmi les plus grandes entreprises cotées de la planète. Il faut toutefois insister sur un point : il ne s’agit pas encore d’une valorisation définitive d’introduction. Le prix dépendra de la fourchette retenue, du nombre d’actions proposées, de la demande des investisseurs et surtout des conditions de marché au moment de l’opération. La valorisation de 965 milliards issue de la dernière levée constitue en revanche une référence privée beaucoup plus concrète.

Une croissance du chiffre d’affaires hors normes

L’argument majeur en faveur d’une telle valorisation est évidemment la croissance. Anthropic avait réalisé environ 4,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025, contre environ 400 millions en 2024 selon les éléments du prospectus rapportés par Reuters, soit une multiplication proche de douze en un an. La société annonçait ensuite en mai 2026 avoir dépassé 47 milliards de dollars de revenus annualisés. Quelques mois auparavant, en février, elle indiquait encore un rythme annualisé de 14 milliards. À cette vitesse, les ratios fondés sur les revenus historiques deviennent rapidement obsolètes, ce qui explique pourquoi investisseurs et banquiers raisonnent essentiellement sur les revenus futurs.

Anthropic vise près de 200 milliards de dollars de revenus en 2028

Selon les informations obtenues par Reuters, Anthropic travaillerait sur une projection de chiffre d’affaires comprise entre 190 et 200 milliards de dollars en 2028. C’est probablement l’un des chiffres les plus importants pour comprendre la valorisation envisagée. À 2 000 milliards de dollars de capitalisation, Anthropic serait valorisée autour de dix fois ce niveau de revenus futurs, sans même attendre qu’ils soient effectivement réalisés. Les investisseurs qui participeraient à l’IPO ne paieraient donc pas seulement la croissance actuelle de Claude : ils paieraient dès aujourd’hui une part importante de la croissance attendue au cours des prochaines années.

Le problème : Anthropic perd encore énormément d’argent

La croissance est impressionnante, mais elle coûte extrêmement cher. En 2025, Anthropic aurait enregistré une perte opérationnelle supérieure à 8 milliards de dollars, contre environ 3 milliards un an auparavant. La perte nette atteint même environ 42 milliards de dollars, mais ce chiffre doit être interprété avec précaution : quelque 34 milliards proviendraient d’ajustements comptables non décaissés liés notamment à la valorisation de titres convertibles issus des précédentes levées de fonds. Pour juger l’activité économique proprement dite, la perte opérationnelle supérieure à 8 milliards est donc beaucoup plus instructive que la perte nette spectaculaire de 42 milliards.

4,6 milliards de revenus, mais 7,3 milliards rien que pour le calcul et les infrastructures

Le modèle économique de l’intelligence artificielle générative se heurte pour l’instant à une réalité particulièrement coûteuse : entraîner puis faire fonctionner les modèles nécessite des quantités considérables de puissance informatique. Anthropic aurait consacré environ 7,3 milliards de dollars au calcul et aux infrastructures en 2025, alors que son chiffre d’affaires de l’année atteignait environ 4,6 milliards. Les coûts informatiques dépassaient donc à eux seuls le chiffre d’affaires. C’est tout le paradoxe de l’investissement dans les grands modèles d’IA : la demande peut progresser extrêmement rapidement sans que cette croissance garantisse automatiquement une rentabilité future.

518 milliards de dollars d’engagements futurs

Le chiffre le plus impressionnant du prospectus est peut-être ailleurs. Anthropic prévoirait au moins 518 milliards de dollars d’engagements liés au cloud, au calcul et aux infrastructures sur une période d’une dizaine d’années auprès de plusieurs partenaires. Environ 80 % de ces engagements seraient non annulables ou devraient être payés indépendamment de l’utilisation effective des capacités réservées. Anthropic fait donc un pari gigantesque : la demande future pour Claude et les futurs modèles d’IA devra être suffisamment importante pour justifier les capacités informatiques réservées aujourd’hui.

Amazon et Google, investisseurs, fournisseurs, distributeurs... et concurrents

La relation entre Anthropic et les géants technologiques est particulièrement intéressante. Amazon et Google ont investi des milliards de dollars dans l’entreprise, lui fournissent une partie de ses capacités informatiques et distribuent également Claude auprès de leurs propres clients cloud. Selon le prospectus consulté par Reuters, 47 % du chiffre d’affaires 2025 d’Anthropic aurait transité par les places de marché cloud d’Amazon et Google. Cette proximité accélère considérablement la distribution de Claude auprès des entreprises, mais elle crée aussi une dépendance envers des groupes qui développent simultanément leurs propres solutions d’intelligence artificielle.

Deux clients représentent près du quart du chiffre d’affaires

La concentration ne concerne pas seulement les fournisseurs. Deux clients non identifiés auraient représenté chacun environ 12 % du chiffre d’affaires d’Anthropic en 2025. Près d’un quart des ventes dépendait donc de seulement deux clients. La société prévient par ailleurs que certains de ses principaux clients ne sont pas liés par des contrats à long terme et peuvent réduire leurs dépenses. Pour une entreprise valorisée potentiellement plusieurs milliers de milliards de dollars, cette concentration constituera nécessairement l’un des points surveillés par les investisseurs.

Claude Code, l’un des principaux moteurs de croissance

Anthropic dispose néanmoins d’un actif particulièrement prometteur avec Claude Code. En février 2026, la société indiquait que ce produit avait déjà dépassé 2,5 milliards de dollars de revenus annualisés, plus du double de son niveau du début de l’année. Anthropic affirme également que le nombre d’entreprises dépensant plus de 100 000 dollars par an auprès d’elle avait été multiplié par sept sur un an et que plus de 500 clients dépensaient désormais plus d’un million de dollars par an, contre seulement une douzaine deux ans auparavant. C’est cette pénétration rapide du marché professionnel qui différencie en partie le dossier Anthropic d’une simple application grand public d’intelligence artificielle.

Le marché va devoir décider combien vaut réellement la croissance de l’IA

[(À titre purement indicatif, une valorisation de 2 000 milliards de dollars rapportée aux 4,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires réalisés en 2025 représenterait plus de 430 fois les ventes historiques. Le ratio serait évidemment peu pertinent pour une société dont l’activité explose. Rapportée aux 47 milliards de dollars de revenus annualisés annoncés en mai 2026, la valorisation représenterait encore environ 43 fois les ventes. Et même si Anthropic atteignait effectivement 200 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2028, une valorisation inchangée de 2 000 milliards représenterait toujours environ dix fois les ventes. Toute la question est donc de savoir quelle croissance et quelle rentabilité future sont déjà intégrées dans le prix proposé aux investisseurs.)]

Le risque d’une IPO où tout le succès futur serait déjà dans le cours

C’est probablement le principal risque boursier. Une excellente entreprise ne constitue pas nécessairement un excellent investissement lorsqu’elle est achetée trop cher. Anthropic pourrait devenir l’un des grands gagnants mondiaux de l’intelligence artificielle tout en décevant ses premiers actionnaires si le prix d’introduction intègre déjà plusieurs années de croissance exceptionnelle. À l’inverse, si les revenus continuent de doubler ou tripler à un rythme inattendu et si le coût du calcul diminue suffisamment, les multiples actuels pourraient rapidement se contracter. Le débat sur Anthropic sera donc moins celui de la qualité de Claude que celui du prix payé pour cette qualité.

Une IPO particulièrement inhabituelle en matière de gouvernance

Le prospectus révèle également une structure de gouvernance qui mérite l’attention. Selon Reuters, les sept cofondateurs conserveraient collectivement 50,1 % des droits de vote après l’introduction grâce à une structure baptisée Founder LLC. Les nouveaux actionnaires pourraient donc posséder une part économique importante de l’entreprise sans disposer d’un pouvoir proportionnel sur sa gouvernance. Ce type de structure n’est pas inédit dans la technologie américaine, mais il doit être intégré dans l’analyse du titre.

Anthropic avertit elle-même que son produit pourrait devenir dangereux

Le prospectus contient enfin un facteur de risque rarement rencontré lors d’une introduction en Bourse. Anthropic prévient que des systèmes d’intelligence artificielle très avancés pourraient engendrer des risques catastrophiques, voire existentiels. Le document évoque notamment des comportements de modèles cherchant à éviter leur arrêt ou à dissimuler certaines informations. Ces avertissements sont cohérents avec le positionnement historique d’Anthropic, fondée en partie autour de la recherche sur la sécurité de l’intelligence artificielle, mais ils illustrent aussi le risque réglementaire considérable entourant son activité.

Anthropic pourrait devenir le baromètre boursier de toute l’intelligence artificielle

L’enjeu de cette introduction dépasse largement Anthropic. Jusqu’à présent, les investisseurs souhaitant profiter de l’essor de l’intelligence artificielle ont surtout acheté les entreprises qui fournissent les infrastructures nécessaires : Nvidia pour les GPU, Broadcom pour certains composants, Microsoft, Amazon ou Alphabet pour le cloud et les services. L’arrivée en Bourse d’Anthropic offrirait l’une des premières possibilités d’investir directement dans l’un des principaux concepteurs mondiaux de modèles d’IA de pointe. Son cours pourrait ainsi devenir une référence de valorisation pour l’ensemble du secteur et, indirectement, pour d’autres acteurs non cotés tels qu’OpenAI.

IPO Anthropic : l’une des introductions les plus fascinantes... et les plus difficiles à valoriser

Anthropic réunit presque tous les ingrédients capables de passionner les marchés : une croissance extrêmement rapide, un marché potentiel gigantesque, une technologie devenue incontournable pour de nombreuses entreprises et une marque, Claude, désormais mondialement connue. Mais le revers est tout aussi spectaculaire : pertes opérationnelles massives, dépenses informatiques gigantesques, dépendance envers quelques partenaires technologiques, concentration d’une partie des revenus et plusieurs centaines de milliards de dollars d’engagements futurs. À 965 milliards de dollars, sa dernière valorisation privée était déjà exceptionnelle. À 2 000 milliards, le marché ne paierait plus seulement le succès actuel de Claude : il paierait largement la réussite future qu’Anthropic promet encore de construire. C’est précisément ce qui pourrait faire de cette IPO l’un des tests les plus importants de la tendance boursière autour de l’intelligence artificielle.

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