IPO (Introduction en Bourse)

IPO (Introduction en Bourse) © stock.adobe.com
IPO : investir lors d’une introduction en Bourse est-il vraiment une bonne affaire ?
SpaceX, Anthropic et demain peut-être OpenAI : les introductions en Bourse de sociétés très médiatisées attirent immédiatement l’attention des investisseurs particuliers. L’histoire est séduisante. Une entreprise encore privée ouvre pour la première fois son capital au public et l’investisseur espère acheter suffisamment tôt pour accompagner plusieurs années de croissance. Les premières séances peuvent conforter cette impression, certaines IPO affichant des hausses de plusieurs dizaines de pourcents dès leur arrivée en Bourse. Mais les statistiques historiques racontent une histoire beaucoup plus nuancée. Oui, les IPO progressent fortement en moyenne le premier jour. Non, cela ne signifie pas qu’acheter une société nouvellement introduite constitue statistiquement une stratégie gagnante à long terme.
IPO : Analyses, stratégies, erreurs à éviter
IPO Anthropic : Claude peut-il vraiment valoir 2 000 milliards de dollars en Bourse ?
IPO Anthropic : faut-il vraiment payer 2 000 milliards de dollars pour investir dans Claude ? Anthropic pourrait réaliser l’une des introductions en Bourse les plus spectaculaires de l’histoire. La société à l’origine de Claude a franchi une (…)|PtoBR
IPO : de quoi parle-t-on exactement ?
Une IPO, pour Initial Public Offering, correspond à l’introduction en Bourse d’une entreprise jusque-là non cotée. Des actions sont proposées à des investisseurs à un prix d’introduction déterminé à l’issue d’un processus impliquant l’entreprise et les banques chargées de l’opération. L’introduction peut permettre à l’entreprise de lever de nouveaux capitaux afin de financer son développement, mais elle peut également permettre à des actionnaires historiques de céder une partie de leurs titres. Après l’introduction, les actions deviennent négociables en Bourse comme celles des autres sociétés cotées.
Pourquoi les IPO font-elles autant rêver les investisseurs ?
Le rêve consiste évidemment à acheter le prochain Amazon, Google ou Meta dès ses premiers pas en Bourse. A posteriori, les graphiques sont spectaculaires et donnent l’impression qu’il suffisait d’être présent dès l’introduction pour réaliser une fortune. C’est oublier toutes les entreprises introduites durant la même période qui ont stagné, perdu l’essentiel de leur valeur ou disparu. Le biais du survivant joue ici à plein : vingt ans plus tard, tout le monde se souvient des IPO devenues des multinationales, beaucoup moins de celles qui ont échoué.
Premier jour de cotation : +18,9 % en moyenne
Les statistiques compilées par le professeur Jay Ritter, de l’Université de Floride, sont particulièrement instructives. Sur 9 253 introductions en Bourse américaines réalisées entre 1980 et 2024, la performance moyenne entre le prix d’introduction et la clôture de la première séance atteint 18,9 %. Ce phénomène est suffisamment régulier pour disposer de son propre vocabulaire : l’« IPO pop ». Sur longue période, acheter au prix d’introduction et pouvoir revendre à la clôture de la première séance a donc effectivement été une opération très rentable en moyenne.
+18,9 % dès le premier jour : trop beau pour être vrai ?
Il existe évidemment un piège derrière ce chiffre. Tous les investisseurs ne peuvent pas nécessairement acheter autant de titres qu’ils le souhaitent au prix d’introduction. Les allocations sont souvent accordées en priorité aux investisseurs institutionnels et, lorsqu’une IPO est particulièrement demandée, les titres peuvent être fortement rationnés. L’investisseur qui achète l’action une fois qu’elle commence réellement à coter ne bénéficie donc pas nécessairement de cette hausse de 18,9 %. Une grande partie du gain peut déjà avoir été réalisée entre le prix réservé lors du placement et le premier cours accessible sur le marché. Nasdaq souligne d’ailleurs que l’essentiel de la performance du premier jour est historiquement intégré dès l’enchère d’ouverture.
Le prix d’introduction est souvent volontairement prudent
Ce fameux « pop » s’explique notamment par le phénomène de sous-évaluation, ou underpricing. L’entreprise et les banques introductrices ont intérêt à fixer un prix suffisamment attractif pour assurer le succès de l’opération. Une introduction qui chute brutalement dès la première séance donne une mauvaise image et peut compliquer les opérations suivantes. À l’inverse, une hausse immédiate permet de présenter l’IPO comme un succès. Mais une envolée de 30 %, 50 % ou 100 % dès la première séance signifie aussi que l’entreprise aurait théoriquement pu vendre ses nouvelles actions plus cher et lever davantage de capitaux.
Le premier jour ne dit presque rien de la performance future
C’est après cette première séance que les statistiques deviennent nettement moins enthousiasmantes. Sur les 9 253 IPO américaines étudiées entre 1980 et 2024, la performance moyenne des actions pendant les trois années suivant leur première clôture atteint environ 19,1 %. Le marché américain comparable progresse, lui, de 39,6 % sur les mêmes périodes. L’écart atteint donc environ 20,5 points en défaveur des IPO. Autrement dit, les sociétés nouvellement cotées ont progressé en moyenne, mais beaucoup moins que le marché dans lequel elles évoluaient.
Une IPO peut monter de 20 % et constituer malgré tout un mauvais investissement
Cette distinction entre performance absolue et performance relative est essentielle. Une action achetée 100 euros et revendue 120 euros trois ans plus tard affiche une performance positive de 20 %. Mais si un ETF répliquant son marché est passé dans le même temps de 100 à 140 euros, l’investisseur a supporté le risque spécifique d’une société récemment introduite pour obtenir une performance sensiblement inférieure. La bonne question n’est donc pas seulement « ai-je gagné de l’argent ? », mais également « ai-je été rémunéré suffisamment pour le risque pris ? ».
Plus d’une IPO sur deux a historiquement perdu de l’argent à trois ans
La moyenne masque surtout une dispersion considérable. Les statistiques de long terme de Jay Ritter portant sur les introductions réalisées entre 1975 et 2021 montrent qu’environ 35 % des IPO avaient perdu plus de la moitié de leur valeur trois ans après leur introduction et qu’environ 21 % supplémentaires affichaient une performance comprise entre -50 % et 0 %. Au total, environ 56 % des sociétés étaient donc en perte trois ans après leur IPO par rapport au prix d’offre. La performance médiane ressortait autour de -16,6 %. Quelques gagnants extraordinaires suffisent en revanche à tirer fortement la moyenne vers le haut.
La moyenne des IPO est trompeuse à cause de quelques énormes gagnants
[(Imaginons dix IPO. Six perdent 30 %, trois gagnent 20 % et une seule voit son cours multiplié par cinq. La performance moyenne de l’ensemble peut rester spectaculaire grâce à cette unique pépite alors que la majorité des investisseurs ayant choisi une société au hasard ont perdu de l’argent. C’est précisément pour cette raison que la médiane est particulièrement intéressante lorsqu’on analyse les IPO : quelques futurs géants peuvent masquer un nombre important d’échecs.)]
Les IPO technologiques affichent les envolées les plus spectaculaires
L’effet est encore plus marqué dans la technologie. Les statistiques historiques de Ritter montrent que les IPO technologiques ont affiché un rendement moyen de première séance supérieur à celui des sociétés non technologiques. C’est assez logique : croissance potentielle élevée, modèle économique parfois encore difficile à valoriser et forte demande des investisseurs peuvent provoquer des écarts considérables entre le prix d’offre et le prix auquel le marché accepte finalement de négocier l’action. Mais une envolée initiale ne garantit absolument pas la création de valeur qui suivra.
1999-2000 : +64,6 % le premier jour, puis -53,1 %
La bulle Internet constitue probablement la meilleure démonstration du danger. Pour les 856 IPO américaines réalisées en 1999 et 2000, la hausse moyenne du premier jour atteignait l’incroyable niveau de 64,6 %. Difficile de trouver meilleure publicité pour les introductions en Bourse. Pourtant, à partir de la clôture de cette première séance, leur performance moyenne sur les trois années suivantes s’est établie à -53,1 %. Plus l’euphorie était forte lors de l’introduction, plus les attentes incorporées dans les cours étaient difficiles à satisfaire.
2025 : encore une fois, le premier jour a fait l’essentiel du travail
L’histoire récente présente le même phénomène. Selon Renaissance Capital, les IPO américaines de 2025 ont gagné en moyenne 19,7 % lors de leur première séance. Pourtant, leur performance moyenne sur l’ensemble de la période considérée n’était plus que de 2,2 %, car la performance réalisée après la première journée ressortait à -11 %. Seulement 38,3 % des IPO de l’année se négociaient au-dessus de leur prix d’émission à la fin de la période étudiée. Une introduction spectaculaire n’est donc pas nécessairement suivie d’un parcours boursier spectaculaire.
2026 : les investisseurs deviennent de nouveau beaucoup plus sélectifs
Le marché actuel fournit une nouvelle illustration de cette sélectivité. Malgré des introductions gigantesques ayant gonflé les montants levés en 2026, plus de 40 % des IPO de l’année se négociaient récemment sous leur prix d’introduction. En excluant les opérations géantes qui déforment les statistiques, le rendement moyen des introductions ressortait même négatif alors que le S&P 500 progressait sensiblement. Plusieurs entreprises ont parallèlement reporté leur arrivée en Bourse faute d’obtenir la valorisation espérée.
Les entreprises non rentables sont-elles les plus risquées ?
La rentabilité au moment de l’introduction constitue logiquement un élément important. Une entreprise déficitaire peut évidemment devenir extrêmement rentable quelques années plus tard. C’est précisément ce potentiel qui attire les investisseurs vers certaines valeurs technologiques. Mais les statistiques montrent que les sociétés disposant de faibles revenus avant leur IPO ont historiquement moins bien résisté à long terme. D’après les données de Ritter reprises par Charles Schwab, les entreprises réalisant moins de 100 millions de dollars de ventes avant leur introduction ont affiché une sous-performance cumulée ajustée du marché de 34,3 % à trois ans, contre seulement 3,2 % pour celles dépassant 100 millions de dollars de chiffre d’affaires.
La valorisation compte davantage que le storytelling
Une société peut disposer d’une technologie révolutionnaire, d’un marché potentiel gigantesque et d’une croissance de 50 % par an tout en constituant un mauvais investissement si toutes ces qualités sont déjà intégrées dans son prix. Jay Ritter souligne notamment que les IPO affichant un ratio prix sur chiffre d’affaires supérieur à 10 ont historiquement obtenu de moins bonnes performances à long terme que celles introduites avec des valorisations plus raisonnables. Ce constat est particulièrement important lors des grandes vagues technologiques, durant lesquelles les investisseurs peuvent être tentés de considérer que les méthodes traditionnelles de valorisation ne s’appliquent plus.
Pourquoi une entreprise choisit-elle précisément ce moment pour entrer en Bourse ?
Il faut également se placer du côté des actionnaires qui vendent. Une société ne choisit généralement pas au hasard le moment de son introduction. Les dirigeants, fondateurs, salariés et fonds de capital-risque connaissent parfaitement leur entreprise et ont tout intérêt à entrer en Bourse lorsque les investisseurs sont disposés à lui accorder une valorisation généreuse. Les travaux historiques de Jay Ritter ont précisément identifié ce phénomène de « fenêtres d’opportunité » : les périodes durant lesquelles les introductions sont nombreuses ont souvent été suivies de performances moins favorables. L’investisseur doit garder à l’esprit qu’une IPO est simultanément une occasion d’acheter pour lui et une occasion de vendre ou de lever des capitaux dans de bonnes conditions pour les actionnaires historiques.
Attention à la fin de la période de lock-up
Une autre date mérite d’être surveillée après une introduction : la fin de la période de lock-up. Les dirigeants, fondateurs, salariés et investisseurs historiques sont généralement empêchés de vendre immédiatement l’ensemble de leurs titres. Lorsque cette restriction prend fin, une quantité supplémentaire d’actions peut arriver sur le marché. Ce n’est évidemment pas une garantie de baisse du cours, mais l’investisseur doit connaître cette échéance, tout particulièrement lorsque les actionnaires historiques détiennent encore une part considérable du capital.
Acheter lors de l’IPO ou attendre quelques mois ?
Les statistiques historiques donnent un argument solide en faveur de la patience. Le spectaculaire rendement moyen du premier jour profite essentiellement aux investisseurs ayant obtenu des titres au prix d’offre. Une fois cette hausse réalisée, les performances deviennent beaucoup plus incertaines et les IPO ont historiquement sous-performé le marché sur plusieurs années. Attendre quelques publications trimestrielles permet en revanche d’observer l’entreprise dans son nouvel environnement : respect des objectifs annoncés lors de l’introduction, évolution des marges, génération de trésorerie, comportement des dirigeants, ventes des actionnaires historiques et réaction du marché aux premières déceptions.
Une baisse après l’IPO peut parfois rendre l’entreprise plus intéressante
Il existe d’ailleurs un paradoxe intéressant. Une entreprise introduite à 100 euros et qui tombe à 70 euros quelques mois plus tard n’est pas nécessairement devenue moins intéressante. Si ses perspectives économiques restent identiques, c’est simplement sa valorisation qui a diminué. À l’inverse, une IPO qui bondit de 100 à 180 euros le premier jour peut devenir beaucoup moins attractive pour l’investisseur qui n’a pas bénéficié du prix initial. Une bonne entreprise et une bonne action ne sont pas nécessairement la même chose. Tout dépend du prix payé.
Les statistiques des IPO ne disent pas qu’il ne faut jamais y participer
Les chiffres historiques ne permettent évidemment pas de conclure qu’il faudrait systématiquement éviter les introductions en Bourse. Certaines IPO ont créé des fortunes considérables pour leurs actionnaires. Ils montrent simplement que l’idée selon laquelle investir très tôt dans une société nouvellement cotée procurerait mécaniquement une prime de performance est fausse. L’avantage statistique est principalement concentré entre le prix d’offre et la première cotation, précisément là où l’investisseur particulier n’est pas toujours en mesure d’obtenir autant de titres qu’il le souhaiterait.
IPO : le jour où l’entreprise entre en Bourse n’est pas forcément le jour où il faut acheter
Une introduction en Bourse est avant tout un événement financier, pas un signal d’achat. Les statistiques américaines sont particulièrement parlantes : près de 19 % de hausse moyenne lors de la première séance sur longue période, mais une sous-performance d’environ 20 points face au marché au cours des trois années suivantes. Plus de la moitié des IPO ont même historiquement affiché une perte trois ans après leur introduction lorsqu’elles sont mesurées depuis leur prix d’offre. Les futurs Amazon existent évidemment au milieu de ces milliers de sociétés. Toute la difficulté consiste à les identifier avant qu’ils ne deviennent évidents. Pour l’investisseur, la question essentielle n’est donc pas de savoir si une IPO est très attendue ou si son cours va flamber le premier jour. Elle est beaucoup plus classique : cette entreprise vaut-elle réellement le prix demandé ?
